Du Paradis Aux Portes de l’Enfer

Vous vous souvenez du village de Santo Amaro ? Ce petit village de l’autre côté du Rio Grande qui donne directement sur les dunes de sable du Parc de Lençois ? Et bien, c’est au cœur de cet endroit magique que commence cette aventure. Un bon matin, je me lève plein de bonne volonté ; « Aujourd’hui, je prends la route et ça va être de la bombe ! Je le sens bien ! ». Une douche, un café, une banane, Baloo est chargé et me voilà prêt à dévorer ce que la vie me propose en cette belle journée.

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Cependant (car oui, toute bonne histoire commence soit par un « cependant », soit par « j’étais complètement bourré… »), je m’aperçois qu’une de mes sacoches cavalières est trouée sans vraiment comprendre comment cela a-t-il pu se produire. Pas grave, un peu de bon vieux scotch et je ferai réparer ça plus loin sur la route. Je démarre donc le monstre et entame mes premiers mètres dans ces ruelles, mi pavés / mi sable. La pression des pneus est encore basse pour vaincre le sable des jours précédents. J’y vais donc mollo et j’évite les dos-d’âne en passant sur le côté car ma garde au sol est grandement diminuée par le faible niveau d’air dans les poumons de mes chambres à air. C’est lors d’une de ces énièmes esquives que le bord de mon pneu arrière percute l’extrémité de ce qui me semble être plus proche du centaure que du gentil petit poney.

Etant un grand débugland (débutant / gland), j’avais vraiment trop baissé la pression des pneus et cet impact aura pour effet de faire sauter la valve de ma chambre à air. 400 mètres après mon départ, me voilà donc avec une sacoche trouée et une crevaison. CHAMPION ! Toujours dans ma lancée de glandu, je n’ai bien évidemment pas emporté de chambre à air de rechange. Je commence donc à enlever mon ensemble de bagagerie pour mettre la moto sur sa béquille centrale. Une fois le chargement à terre, vous ne devinerez jamais quoi ! Bah si, il commence à pleuvoir… Cela fait 3 semaines que je suis au Brésil et c’est la première fois qu’il pleut vraiment. « Tempora mori, tempora mundis recorda. Oui, je sais, ça ne veut absolument rien dire, mais l’effet reste le même… » (pour les connaisseurs).

Enfer 2

Mais il faut savoir qu’à tout problème, sa solution. C’est donc un local du village qui viendra m’apporter l’aide dont j’ai besoin. Je dépose toutes mes affaires chez lui et nous partons tous deux sur sa moto avec mon pneu arrière dans les mains à la recherche d’une Officina (garage au Brésil). Le mécano est rapide, sympa, efficace et pas cher (2€ de main d’œuvre, 4€ pour la nouvelle chambre à air). De quoi donner une bonne leçon à bon nombre de mécanos dans l’hexagone.

Enfer 3

Nous remontons les pattes arrières de mon destrier (ça commence à faire beaucoup de références équestres pour un seul article, je trouve) et je m’apprête enfin à reprendre la route. Enfin pas tout à fait, le frein arrière ne fonctionne plus malgré le fait d’avoir pompé à plusieurs reprises pour resserrer les pistons de l’étrier. Faîtes vos jeux rien ne va plus… Le mécano ne comprend pas le problème, nous allons donc voir un autre connaisseur du « deux roues » qui réglera ce nouveau contretemps aussi rapidement que la décision de la mise en place d’une grève à la SNCF. Cette fois-ci, je décide de régler en payant ma tournée de bière, ce qui a l’air d’être encore plus apprécié par cet homme qu’une participation pécuniaire.

C’est donc 3 heures après mon café / banane que je traverse à nouveau le Rio Grande pour retrouver un soupçon de civilisation. La route pour Tutoia est splendide. Elle alterne entre piste et revêtement tout neuf. Le soleil est de retour, la vie me sourit à nouveau. Ce n’était qu’un simple test finalement et je vais être récompensé de mes efforts de la plus belle des manières.

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C’est au coucher du soleil que j’arrive sur cette petite parcelle de route qui coupe les dunes de sable aux abords du parc de Lençois. Cette fois-ci, je ne peux pas résister. Je décide de sortir de la route pour vagabonder quelques minutes au milieu de toutes ces dunes. Une véritable vision du Dakar s’offre à moi pendant cet instant aussi surnaturel qu’imprévu. C’était sans savoir que cette journée me réservait une toute dernière épreuve.

Le soleil se rapprochant fortement du sommet des dunes, il est temps pour moi de continuer ma route en direction de Tutoia où, bien sûr, je ne sais si je vais y trouver un logement.

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La montée pour rejoindre la route est assez raide et le sable trop profond. Je me retrouve bloqué, la moto en équilibre sur le sabot moteur au moment de passer sur le trottoir. J’arrive sans trop de soucis à m’en sortir mais mes mouvements à répétition ont eu pour conséquence d’embourber la moto. A ce moment, tout en balayant le sable pour libérer Baloo de son emprise, je ne peux m’empêcher de rire aux éclats. Autant de péripéties en une journée, c’est quand même peu commun. Et c’est aussi cela que l’on appelle l’aventure. Je suis heureux de voir que j’ai su garder mon calme et même rire de toutes ces difficultés. Car après tout, encore une fois, chaque galère mène toujours à quelque chose de bien. Une rencontre, l’expression de solidarité et de bonté humaine pour des personnes qui (sur le papier) n’ont rien en commun à part l’envie de partager.

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Enfin arrivé à destination, je suis exténué, j’ai plus transpiré qu’un Sumo faisant du rameur, je suis couvert de sable et mon odeur corporelle pourrait réveiller un mort (Coluche tiens-toi bien !). Mais après tout, je m’en tamponne l’asticot contre un cactus. Je n’ai pas de collègue auprès de qui je dois faire bonne impression ou de rendez-vous galant à entretenir. De toute façon pour ce dernier, ma meilleure carte à jouer est celle du Cowboy solitaire traversant des territoires qui lui sont inconnus. Et ce genre de Cowboy… et bien, ça sent mauvais !

La Découverte d’un Lieu Hors du Commun

A la sortie du bateau à Belèm, je visite la campagne brésilienne et essuie les échecs de ma recherche d’un coin de paradis (d’abord à Maruda puis à Turiaçu) pour finalement prendre le ferry à Alcantara en direction de Sao Luis. La capitale de l’état du Maranhao est dotée d’un centre historique où l’influence des différents colonisateurs se fait sentir. D’abord les Français et les Hollandais et finalement les Portugais : tous ont ajouté leur pierre à l’édifice pour donner à cette ville un attrait historique certain. Chaque quartier a sa spécialité : ophtalmologie, vêtements, musique… C’est dans ce dernier qu’un achat compulsif me verra acquérir une « Requinto » : Sorte de petite guitare d’Amérique Latine pour laquelle il me faudra trouver un moyen pour la transporter sur la moto. Parlant moto, une courte négociation avec les policiers verra Baloo dormir sur le parking du commissariat le temps de mon séjour à Sao Luis. Merci à eux.

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Avant mon départ, c’est encore un échec qui m’attend. Oui j’enchaîne… La visite guidée du musée de la ville est proposée uniquement en portugais. Autant dire que j’aurais davantage compris une conférence sur la physique quantique en Népalais.

Après quelques jours, je décide donc de quitter cette ville festive pour le Parc National de Lençois et le village de Santo Amaro de Maranhao qui semble moins touristique que les autres villes du parc. Surement car l’accès y est beaucoup plus compliqué. Pour atteindre ce village, il faut traverser le Rio Grande après une piste de sable. Je n’ai aucune véritable expérience en tout-terrain et encore moins dans le sable. C’est donc après avoir baissé la pression des pneus que je lance les gaz pour atteindre Santo Amaro. Le sable est profond, l’avancée est lente et c’est avec un style, certes peu esthétique, mais efficace que j’arrive sur les rives du Rio Grande. De l’autre côté, se trouve mon objectif mais ici pas de pont. Je me rapproche de trois femmes qui se baignent dans une eau assez profonde pour qu’elles n’aient pas pieds. « Ou est ce que je peux traverser pour rejoindre le village ? ». On me pointe du doigt un local qui zigzague avec sa moto dans le cours d’eau. J’étudie sa trajectoire avant d’essayer de la reproduire de mémoire. Sur environ 80 m, j’ai de l’eau au-dessus des bottes et le sourire qui sort du casque. J’Y SUIS ARRIVE !

Traversé

Après avoir trouvé un lit, le moment tant attendu est finalement arrivé. Je vais pouvoir participer à la messe du soir. Enfin… à un match de foot quoi ! Pour atteindre le terrain de sable, il faut une nouvelle fois traverser la rivière. Le soleil se couche derrière les dunes quand je touche mon premier ballon. Deux petits ponts (Ou « Barata » au Brésil) d’entrée de jeu. Le pauvre se fait chambrer tandis que je m’enflamme dans mes pensées. Je vais leur prouver que 1998 n’était pas un coup de chance ! Deuxième ballon, je loupe mon contrôle et la balle me passe sous le pied pour sortir en touche… Autant vous dire que j’ai vécu une redescente sur terre vitesse MAC 12. Ca joue sérieux, physique et ça joue bien ! Mes coéquipiers et adversaires du soir n’ont aucune idée de la beauté du moment que je vis. Un foot, au Brésil, avec des locaux, sur la plage, au milieu des dunes, et au coucher du soleil ? Quelqu’un a dit demi-molle ?

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Pour fêter ceci et terminer cette belle journée, ce soir ce sera filet mignon et tournée de caipirinha. Baloo n’ayant pas soif, je me sacrifie et bois pour deux. C’est en sortant de table que je me rends compte que je me suis peut être laissé aller sur la boisson. Je retourne donc en direction de mon hôtel en titubant légèrement peut-être mais avec le reflet des étoiles du ciel dans mes yeux. Quelle journée !

Le lendemain, je décide de partir explorer ce qui se cache derrière les dunes de sable qui se trouvent aux portes du village. C’est Babidji qui sera mon guide. Un jeune enfant recueilli par la famille de la Poussada où je vis. Il a 17 ans, n’a reçu aucune éducation, pas de famille mais il a un cœur gros comme ça. Mais bon dieu qu’est-ce qu’il parle ?! En tout cas on s’amuse beaucoup…

BabiLe Parc National de Lençois est plus grand que Hong Kong, et est constitué de milliers de lagons d’eau transparente issue des pluies. L’eau est donc douce, pure et la vue incroyable. Chaque ascension de dune a pour conséquence une nouvelle expérience visuelle à couper le souffle.

 

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Photo de Google Image

Nous marchons maintenant depuis plus d’une heure et demi dans ce labyrinthe où deux mondes pourtant opposés semblent communier harmonieusement : l’eau et le désert. C’est un véritable défi physique que d’évoluer dans ce décor lunaire. Je repense à Bear Grills et ses conseils de survie dans le désert. Boire ma propre urine est une option mais je préfère alterner l’eau et un peu de transpiration qui a su garder un arrière-goût sucré des cocktails de la veille. Après une bonne baignade bien méritée et quelques photos / vidéos, nous reprenons la route de retour.

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Parfois, nous croisons des petites cabanes de pêcheurs qui se sont installées au bord des lagons. Je pense qu’ils ont introduit plusieurs espèces de poissons afin d’en faire une sorte de bassin de culture.

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Le retour au village se fera avec quatre grosses ampoules sous les doigts de pieds que je sens grandir un peu plus à chaque pas. Pas le choix de toute façon, il faut avancer. Je passerai le reste de la journée au bord du Rio Grande qui n’est pas sans me rappeler le Gange en Inde. En effet, lui aussi à un rôle important pour la vie des locaux et est un lieu de vie exceptionnel. Les gens s’y lavent, font la vaisselle, la lessive tandis que les plus jeunes jouent. Je profite de ces instants de calme pour prendre mes notes pour cet article mais le soleil approchant la cime des dunes me rappelle que c’est l’heure de la messe ! Vou jogar futebol…

 

La Traversée de l’Amazone en Bateau

Il est 4h30 quand je me lève sur l’Ana Beatriz III, parfait – je vais pouvoir observer les premières lueurs du soleil avant que la ville ne se réveille. Un peu plus tard, c’est accompagné de Janis Joplin que je pars chercher le café / galette de saucisses matinal tandis que le bateau se rempli petit à petit de hamacs pour créer un véritable dortoir fleuri. Ils sont de toutes les couleurs ; bleu, rouge, jaune, vert, blanc. Enfin de toutes les couleurs quoi ! Cela donne un charme certain aux différents étages que compose cette embarcation.

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Je ne suis pas le seul étranger, une anglaise de 28 ans voyageant seule avec une énergie peu commune pour une British. Il y a aussi un couple d’Uruguayens qui, quant à eux, viennent de parcourir à pied plus de 33 000 kms et sans argent ! Ils proposent leurs services en échange de nourriture et d’un lit, depuis plusieurs mois maintenant. Et moi qui me croyais un aventurier. Quelle inspiration ! C’est sur une rapide session de Kendama sur le toit et sur un « Shoot to Thrill » d’ACDC que nous débutons notre périple de 24h sur le mighty Amazone pour relier la ville de Macapa à Belém.

Depuis le départ, les étiquettes de touristes / locaux sont restées sur le quai, à présent et ce pour toute la durée du voyage, nous serons une grande famille. L’ambiance y est agréable, les regards et les sourires sincères et les poignées de mains aussi puissantes que le fleuve sur lequel nous naviguons.

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Parlons rapidement de ce fleuve d’ailleurs. L’Amazone est le plus grand fleuve du monde et on est vite scotché par son imposante posture. Au départ, il est large de plusieurs kilomètres et de nombreux cours d’eau annexes se jettent dans l’artère principale. Après environ 2h de voyage, nous nous engageons dans ce labyrinthe que le capitaine doit connaître aussi bien que sa boîte à gant. Tout du moins je l’espère.

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La vie sur le bateau est simple, le repas est servi deux fois par jour à la cantine pour environ 4 €. Il est constitué de riz, nouilles, haricots rouges en sauce, du poulet, du bœuf et un peu de salade. Cela donne de bonnes assiettes ! Plutôt que de manger dans la petite salle prévue à cet effet, je préfère partir sur le pont et manger face à la vue sur un fond de Samba. Car oui, ici aussi, il y a de la musique. Comme partout au Brésil du lever au coucher du soleil.

Désormais, les berges se rapprochent et la forêt nous dévoile un spectacle splendide. Par moment, il est possible d’observer un village ou même une maison seule le long de la rive. D’architecture typée coloniale et pleine de couleurs, les Amérindiens qui les habitent semblent dominer cet environnement qui peut nous paraître hostile à nous, les Gringos. Pour eux, ce n’est rien de plus qu’un grand potager. Les anacondas en plus…

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A la vue de notre bateau, les enfants se jettent dans leurs pirogues et viennent à notre rencontre. Les plus curieux pour voir qui est sur le pont, et les plus aventureux, pour essayer de surfer les vagues produites par notre maison flottante.

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La traversée (pour le moment) est calme et rythmée entre siestes, lecture, bières et discussions en tout genre. D’ailleurs, avec ma nouvelle amie British, on échange durant de longs moments sur nos expériences de voyage, philosophie de vie. Elle était prof de math à Londres avant de tout quitter pour une vie d’aventure. A voir ces villageois, on ne peut s’empêcher d’admettre que c’est ici que se trouve la vraie connaissance. Celle des plantes, de leur fonctionnement, leurs attributs, les particularités de chaque animal. Et non dans l’apprentissage de la flûte… On dérive alors sur l’économie de la connaissance et le biomimétisme, la situation au Vénézuela, le rock des années 70 et 80, la littérature… Bref tout y passe.

C’est donc bien ça « l’école de la vie » ? Voyager et échanger pour grandir ? Pour ma part, j’ai toujours été convaincu que c’est en sortant de sa zone de confort et en se confrontant à de nouvelles personnes et pensées que l’on peut prétendre à être, un jour, plus complet. Et chacun de mes voyages me conforte dans cette idéologie. En tout cas, je le sais dors et déjà, ce voyage me changera à vie ! To be continued…

De la BR156 au bord de l’Amazone : Mes premiers kms au Brésil

Il me faut vous avouer que le départ est compliqué. Je suis rempli de doutes, de peurs et d’appréhension. J’ai l’habitude de voyager seul, mais est-ce que je vais supporter la solitude autant de temps ? Est-ce le bon choix ? Vais-je réussir ? J’ai peur de me décevoir, de ne pas réussir mon projet. Par chance, mes précédentes expériences me permettent de comprendre que le premier pas est le plus dur. Une fois sur la route, je sais que toutes mes angoisses feront place à l’excitation. Et cela s’est très vite vérifié. En ce 26 Septembre, à 6 h du matin, je démarre Baloo et prends la route « à la fraîche ». Dès les premiers km, en pleine brume, je repense à toutes mes peurs et me rends compte que finalement, toutes les questions que je me posais ne peuvent trouver leur réponse que dans le fait de partir et me laisser plonger dans cette aventure. Et BIM, le sourire est de retour, la pression (bonne) monte, je me revois encore danser comme un fou derrière le guidon !

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Tout commence à St-George en Guyane avec le passage de la douane française et le fameux pont enfin opérationnel reliant la France au Brésil. Les échanges avec les douaniers sont faciles, simples et efficaces. C’est de l’autre côté de l’Oyapock que tout va commencer à se compliquer.

Je dois préciser que je ne parle pas un seul mot de Portugais. J’avais prétendu apprendre les bases avant mon départ. Mais bon, j’avais aussi prévu d’apprendre le langage des signes il y a 4 ans… C’était peine perdue. Et pour être tout à fait honnête, je crois que j’aime ça aussi. Me retrouver face au mur et devoir improviser, grimacer, mimer chacune de mes envies. Parfois ridicule, j’amuse souvent la galerie et cela permet de briser la glace et de partager de bons moments avec les locaux.

C’est donc une partie de Times’Up qui se joue à la frontière côté Brésilien. Je me fais tamponner le passeport et fais l’importation du véhicule sans trop de difficulté. J’en suis moi-même surpris !

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Les choses sérieuses débuteront 45 km après la frontière ou le tarmac laisse place à la piste de la fameuse BR156. En période de pluie, c’est un sacré bordel. Par chance, je n’ai pas vu une seule goutte d’eau sur ces 140 km de terre rouge au milieu de la jungle. C’est tout de même avec une certaine appréhension que je commence cette étape. Une boule au ventre qui me fait comprendre qu’à compter de ce moment : fini de jouer, l’aventure est là !

Après à peine 2 km, j’arrive trop rapidement à l’approche d’un pont, un gros trou a raison de ma garde au sol et explose le tube que j’avais installé sous le sabot. Je roule dessus, la moto se dandine dans tous les sens et je fais un numéro d’équilibriste, les fers en l’air tout en arrivant sur les planches de bois de ce pont qui semble subir la gravité chaque seconde un peu plus. Si seulement Mr Pinder avait été là pour m’applaudir…  Le tube est question finira sa vie sur le bord de la route, Baloo n’en ayant fait qu’une bouchée. Quant à son contenu, c’est dans mon sac à dos que finiront les démonte-pneus, huile moteur et autres ustensiles, le temps de trouver une solution plus adaptée.

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Hormis cette mésaventure, je prends mon pied ! Malgré de très nombreux trous, la piste est superbe. Etre entouré de cette jungle amazonienne est une offrande pour les yeux et pour le cœur. De temps en temps, je peux observer des villages coupés de toute civilisation où le temps semble ne pas avoir d’effet. Malheureusement, ils me sont interdits d’accès.

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Quelques jours plus tard, j’arrive à Macapa. Ville située au niveau de l’Equateur et au bord du plus grand fleuve du monde : L’Amazone ! J’ai attendu ce moment depuis si longtemps. Pouvoir enfin observer de mes propres yeux l’autorité qui dégage de ce cours d’eau mystique. Et le meilleur dans tout ça ? Je vais avoir l’occasion d’y passer 24 h lors de ma traversée en direction de Belem !

C’est à Macapa que j’ai d’ailleurs mes premiers « vrais » contacts avec les habitants du plus grand pays d’Amérique du Sud. Les hommes sont robustes et les femmes n’ont pas leur langue dans leur poche. Au port, c’est auprès de 3 nanas que je vais acheter mon ticket pour le bateau. Il est 12 h et je ne peux embarquer avant 17 h. Elles m’invitent gentiment à attendre avec elles. Les rires s’enchainent, les blagues raz la ceinture aussi. J’ai d’ailleurs été surnommé « balai dans le cul » pour avoir refusé de passer la nuit avec l’une d’entre elles. Je vous avais bien dit qu’elles n’y allaient pas par quatre chemins.

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A 17 h, on m’informe que le bateau est bien arrivé au port mais qu’il doit être déchargé avant que je puisse y monter avec Baloo. Nous allons donc tous deux attendre bien sagement sur le quai en regardant le flux incessant des porteurs récupérer les marchandises qui viennent d’être acheminées. Riz, farine, blé, œufs, noix, fruits, tout y passe. L’ambiance est bonne et tout le monde travaille dans la bonne humeur sous les yeux d’un garde muni d’une machette digne des plus grands explorateurs. C’est d’ailleurs ce même garde qui est garant de la musique et de la playlist. Je me demande si ce n’est pas de cet homme que s’est inspiré DJ Cut Killer pour son nom de scène…

Les porteurs sont en short, claquettes et transportent des charges dépassant parfois les 600 kg sur leur chariot à deux roues. Ils doivent prendre de l’élan afin de pouvoir passer la pente qui relie le pont flottant à la terre ferme. Très souvent avec succès, mais après quelques heures (et quelques bières), la fatigue se fait ressentir. Par manque de vitesse, le chariot fait marche arrière et emporte tout sur son passage. Je suis, avec Baloo, juste derrière. Ayant eu le temps d’observer ce va et vient, je connais désormais les porteurs les plus « fatigués » et je me porte volontaire pour les aider à passer cet obstacle qui doit leur sembler de plus en plus abrupte. Ce qui aura raison de mon poignet gauche dans un ultime effort.

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C’est finalement à 21h30 que l’on me permet de monter à bord. Deux planches côte à côte, d’environ 2 mètres, relient le quai au bateau. La moto est froide, c’est au starter que l’abordage se fera. J’y suis, j’y vais. Je passe la première et rentre dans le bateau d’une manière assez engagée. La roue avant se lève en arrivant sur le bateau. Ok peut-être un peu trop engagé sur ce coup, Clément…

Le départ du « Ana Beatriz III » est prévu pour le lendemain matin 9 h. J’ai donc tout le temps d’installer mon hamac au 3ème étage pendant que Baloo restera bien sagement tout en bas. Ce soir, je dors sur l’Amazone !

Dear Guyane

Dear Guyane,

Je n’avais pas spécialement prévu de te visiter ni de passer plusieurs jours sur ton sol. Pour moi, tu n’étais qu’un point de départ me permettant d’acheminer ma moto plus facilement que dans d’autres pays. Mais tu m’as surpris. Mieux encore, tu m’as séduit !

Mon expérience en Guyane n’a duré que deux semaines et je n’ai pu explorer qu’une infime partie de ce territoire français mais j’ai l’impression d’être ici depuis un bon moment. Tout commence dès la sortie de l’aéroport où les premières rencontres me font louper tous les taxis disponibles. Après avoir attendu une heure qu’un autre taxi vienne me chercher, c’est finalement Fabrice, une âme charitable de l’aéroport, qui (par pitié peut-être) se dévoue pour m’emmener chez Vicky, l’amie d’une amie rencontrée en Nouvelle Calédonie. J’ai été accueilli comme un roi et traité comme un prince. Je ne pouvais rêver mieux pour mon arrivée.

Par la suite, j’ai déménagé dans un « carbet » à Roura (20 km de Cayenne) le long d’un superbe fleuve avec une vue imprenable sur la jungle de l’autre côté de la rive. Les carbets sont très populaires ici en Guyane. Il s’agit de dormir dans un hamac dehors et ainsi profiter des nuits aux températures douces et des bruits environnants. Et je n’ai pas été déçu ! A la tombée de la nuit, chaque soir, je peux entendre le cri des singes hurleurs sur l’autre rive qui me rappellent que ça y est : Je suis en Amazonie !

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Les jours s’enchainent et les rencontres aussi. Le nettoyage de la plage des Salines, organisé par Sea Shepherd, fût un moment très agréable qui m’a permis de me sentir utile envers cette terre d’accueil, mais aussi de tisser des liens avec un nouveau groupe d’amis avec qui j’allais passer la majorité de ma durée ici. Ils ont été tout simplement géniaux avec moi, m’ont intégré dans leur groupe avec plaisir, m’ont instruit sur la mixité culturelle de Guyane, sur la faune et la flore que l’ont peut trouver dans la jungle. Avec eux, j’ai passé de super moments pleins d’émotions, de joie et de découvertes. Nous avons dormi au milieu de la jungle, apprécié un coucher et un lever de soleil digne du Roi Lion, participé à une conférence sur les fourmis, observé des paresseux et autres bestioles en tout genre lors de nos différentes expéditions en forêt et partagé aussi quelques cocktails… Nous avons même eu l’occasion d’observer le décollage d’une fusée. Ce n’est pas donné à tout le monde.
A vous donc Coline, Pijou, JP, Vicky, Clément, Camille et les autres, je vous remercie de m’avoir fait passer un moment aussi agréable avant mon véritable départ !

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Revenons maintenant à la raison de ma présence en Guyane et en Amérique du Sud : L’aventure à moto. Il a fallu commencer par aller chercher la moto au port. Malgré le fait que la société de transport ne m’ait pas donné la bonne adresse, j’ai réussi à trouver Baloo qui m’attendait bien sagement dans cet entrepôt du bout du monde. Première péripétie, on me demande 1 400 € d’octroi de mer qui n’étaient pas du tout prévus. MAIS ALORS PAS DU TOUT. Après mon refus de payer et quelques négociations avec le service de transport et les douanes (tous très compréhensifs), je n’ai eu à régler que 4 € soit 350 fois moins que ce qui m’était demandé. Easy…

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C’est donc avec un sourire jusqu’au-dessus du crâne que je me retrouve unifié à nouveau avec mon confident sur deux-roues et les premiers km de routes et de pistes sont un régal pour les yeux. En une belle matinée ensoleillée et sous un taux d’humidité à faire rougir les plus beaux aquariums, je me lance sur une piste prêt de Risque-Tout. La terre est rouge, la qualité de la piste très bonne et la jungle est partout. Les couleurs sont vives, les verts perçants et les animaux omniprésents !

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J’ai d’ailleurs un gros coup de cœur pour les fourmis Manioc qui construisent de véritables autoroutes géantes dans la jungle pour acheminer morceaux de feuilles et de plantes jusqu’à leur terrier. Un flux incessant qui me rappelle l’infinité de l’écoulement de l’eau d’un fleuve ou d’une cascade. C’est impressionnant de voir un tel niveau d’organisation et de communication entre tous ces membres. Comme quoi, parfois, même les plus petits êtres peuvent nous donner une bonne leçon de vie.

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Les derniers préparatifs de la moto sont terminés, les bagages optimisés, le réservoir est plein et la chaine graissée et tendue. Le grand jour est arrivé, le 26 Septembre, je passe la frontière avec le Brésil par le pont en direction d’Oyapock ! SHOW MUST GO ON.

 

Rejoignez l’Aventure !

Du 04 Juillet au 18 Aout 2018, il vous était possible de rejoindre l’aventure Take A Way en participant à la campagne de récolte de fonds mise en place sur la plateforme KissKissBankBank. Cette campagne fût soldée par un succès avec 5000€ de dons récoltés !

La totalité des dons sera dédiée à l’achat de matériel pour les différentes associations que le projet soutien. L’objectif de cette campagne n’est pas de me payer le voyage mais bien de réaliser un élan de solidarité entre les contributeurs et les personnes qui se battent quotidiennement dans les différentes structures que je vais visiter.

Malgré le fait que la campagne de récolte soit terminée, il vous est cependant toujours possible de faire preuve de solidarité et de passion pour les causes que je défends. Pour cela, je vous invite à vous rendre sur la page suivante:

Faire un don

Il n’y a pas de petit geste. Même une contribution de 5€ est une avancée vers la concrétisation de ce projet.

Un grand merci à tous les futurs donateurs ! Vous êtes au top !

Ancien Voyage : Le Bush Australien !

Histoire de faire connaissance avant de partir à un autre bout du monde, l’équipe de Vie de Motard m’a demandé d’écrire un article afin de me bizuter présenter. Baptiste m’a alors gentiment proposé de vous raconter une mésaventure que j’ai vécue. Histoire de bien me foutre la honte dès le début. Il est gentil ce Viking…

Je m’exécute. Le contexte : Fin 2016, c’est l’été en Australie et je me retrouve avec une Harley Iron 883 de location pour 7 jours dans le Sud du Queensland. Avec l’envie de jouer au petit cowboy australien, je décide à partir en road trip à la découverte du Bush. Terre rouge, festival de rodéo, pub à la mode saloon, serpents mortels et matos de camping…BOUM ! Je vais prendre mon pied !

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Et quel pied ! Il fait beau, la moto est superbe et je me vois déjà le soir au bord du feu avec un bout de paille dans la bouche sur un fond de country. En attendant, je vais devoir doubler cet énorme camion devant moi. C’est un Road Train de 4 remorques, pas simple à passer sans une grande visibilité, et la configuration de la route et celle du trafic m’empêchent de faire gronder ma Harley. Le problème est que la route est bien abîmée par le passage de monstres comme celui que j’observe devant moi. Je reçois donc de nombreux petits cailloux, sur les jambes, les gants et le torse.

Cela doit faire maintenant 5 minutes que je suis bloqué derrière ce camion et je commence à m’y intéresser un peu plus en détail. Il transporte du bétail. EN MASSE ! Quatre remorques remplies de vaches pour être exact. Je comprends alors d’où venait cette belle odeur… C’est à cet instant précis que mon cerveau décide de prendre le relais pour me rappeler la théorie de « relation de cause à effet ».

En plus des vaches, ce camion doit logiquement avoir dans sa cargaison une quantité importante de bouses mélangées à de l’urine (pas folle la bête). Je remarque alors que du coin bas arrière gauche de la remorque s’échappe un liquide / solide des plus nauséabonds. Vous vous souvenez : tous ces petits cailloux… que je reçois depuis 5 minutes maintenant ? Ce ne sont pas des cailloux mais des déchets… animaux, fécaux que je me prends en pleine face.

Kangoo

Ayant vraiment voulu jouer au cowboy, je n’avais pris qu’un seul pantalon pour l’ensemble du trip. Ce pantalon (tout comme la majorité de la surface de mon corps) est maintenant couvert d’excréments juteux tout justes « sortis du four ». Et croyez-moi, malgré un bon lavage dans la rivière, l’odeur et le visuel de ce premier échec dans ce pays hostile, m’ont accompagnés tout au long de ce périple. Et là comme dirait Louis de Funès « Comment ça, merde alors ? But alors you are French ? ». La vérité me rattrape et en effet, je suis Français et non cowboy du bush australien. Deux bouts de cotons dans le pif, sept jours plus tard avec quelques grimaces de la part des caissiers de plusieurs stations essence, j’ai dû retourner cette superbe moto. Grâce à elle, j’ai vécu une semaine gravée à jamais dans ma mémoire. Cette sensation de liberté à voyager seul et camper où bon nous semble est vite devenue très addictive et depuis j’essaye d’associer ma passion pour le deux-roues avec celle du voyage dès que possible.

Et maintenant que les présentations sont faites, sachez que j’ai pour projet d’être à nouveau recouvert de ce mélange, bon pour la peau, lors de mon prochain périple Take A Way. Avec ma KLR cette fois-ci, je vais retrouver, dès Septembre, les pistes d’Amérique du Sud pour la défense des animaux et de leur environnement. Promis, je vais faire plein de belles photos et vidéos pour vous faire partager le plus possible mes nouveaux amis, mes amours et mes emmerdes.

Clément, 26 ans, aventurier gaffeur de première classe, enchanté.

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Le site de Vie De Motard

Devenez Acteur

Avec un départ prévu dans moins de cinq mois, il est temps de commencer à s’équiper avec les différents éléments qui me seront nécessaire lors de ce périple. Un projet comme celui que je vais entreprendre demande un matériel spécifique et aujourd’hui mes besoins sont nombreux.

Vous l’aurez compris, cette aventure ne pourrait exister sans l’appui d’entreprises et d’organismes. Plus qu’un simple support, Take A Way est à la recherche de nouveaux partenaires dans le but d’établir une relation bénéfique à chaque partie.

Je ne dispose pour l’instant que de la moto mais nécessite tous les accessoires liés à cette pratique en plus du matériel de camping et des équipements électroniques me permettant de médiatiser cette aventure. Tous ces besoins s’additionnent au coût du voyage en lui-même rendant le projet difficile à mettre en place par mes propres moyens.

Mes besoins

Financier : Un apport monétaire pourrait être un geste déterminant pour le succès du projet

Outdoor et matériels de camping : Vêtements techniques, tente, sac de couchage, matelas gonflable, réchaud multi combustibles, kit cuisine…

Electronique : Drone type Mavic, Spot Tracker, GPS, téléphone incassable…

Equipement Pilote : Casque, veste, gants, pantalon, bottes…

Equipement Moto : Pneumatique, graisseur de chaîne, selle confort…

Si mon aventure vous intéresse et que vous souhaitez y participer, je vous enverrai avec plaisir mon dossier de partenariat prévu à cet effet.  N’hésitez pas à me contacter. A bientôt !

Que l’ Aventure Commence !

J’ai toujours su qu’à la fin de mes études, j’allais partir à la découverte de notre planète dans un esprit solidaire. Où? Comment? Combien de temps? Je n’en avais encore aucune idée mais j’étais sur de ma décision. Par le passé, j’ai eu l’opportunité de voyager et vivre dans de nombreux pays mais cette fois-ci c’est différent: Je recherche l’Aventure avec un grand « A »! Lire plus