Du Paradis Aux Portes de l’Enfer

Vous vous souvenez du village de Santo Amaro ? Ce petit village de l’autre côté du Rio Grande qui donne directement sur les dunes de sable du Parc de Lençois ? Et bien, c’est au cœur de cet endroit magique que commence cette aventure. Un bon matin, je me lève plein de bonne volonté ; « Aujourd’hui, je prends la route et ça va être de la bombe ! Je le sens bien ! ». Une douche, un café, une banane, Baloo est chargé et me voilà prêt à dévorer ce que la vie me propose en cette belle journée.

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Cependant (car oui, toute bonne histoire commence soit par un « cependant », soit par « j’étais complètement bourré… »), je m’aperçois qu’une de mes sacoches cavalières est trouée sans vraiment comprendre comment cela a-t-il pu se produire. Pas grave, un peu de bon vieux scotch et je ferai réparer ça plus loin sur la route. Je démarre donc le monstre et entame mes premiers mètres dans ces ruelles, mi pavés / mi sable. La pression des pneus est encore basse pour vaincre le sable des jours précédents. J’y vais donc mollo et j’évite les dos-d’âne en passant sur le côté car ma garde au sol est grandement diminuée par le faible niveau d’air dans les poumons de mes chambres à air. C’est lors d’une de ces énièmes esquives que le bord de mon pneu arrière percute l’extrémité de ce qui me semble être plus proche du centaure que du gentil petit poney.

Etant un grand débugland (débutant / gland), j’avais vraiment trop baissé la pression des pneus et cet impact aura pour effet de faire sauter la valve de ma chambre à air. 400 mètres après mon départ, me voilà donc avec une sacoche trouée et une crevaison. CHAMPION ! Toujours dans ma lancée de glandu, je n’ai bien évidemment pas emporté de chambre à air de rechange. Je commence donc à enlever mon ensemble de bagagerie pour mettre la moto sur sa béquille centrale. Une fois le chargement à terre, vous ne devinerez jamais quoi ! Bah si, il commence à pleuvoir… Cela fait 3 semaines que je suis au Brésil et c’est la première fois qu’il pleut vraiment. « Tempora mori, tempora mundis recorda. Oui, je sais, ça ne veut absolument rien dire, mais l’effet reste le même… » (pour les connaisseurs).

Enfer 2

Mais il faut savoir qu’à tout problème, sa solution. C’est donc un local du village qui viendra m’apporter l’aide dont j’ai besoin. Je dépose toutes mes affaires chez lui et nous partons tous deux sur sa moto avec mon pneu arrière dans les mains à la recherche d’une Officina (garage au Brésil). Le mécano est rapide, sympa, efficace et pas cher (2€ de main d’œuvre, 4€ pour la nouvelle chambre à air). De quoi donner une bonne leçon à bon nombre de mécanos dans l’hexagone.

Enfer 3

Nous remontons les pattes arrières de mon destrier (ça commence à faire beaucoup de références équestres pour un seul article, je trouve) et je m’apprête enfin à reprendre la route. Enfin pas tout à fait, le frein arrière ne fonctionne plus malgré le fait d’avoir pompé à plusieurs reprises pour resserrer les pistons de l’étrier. Faîtes vos jeux rien ne va plus… Le mécano ne comprend pas le problème, nous allons donc voir un autre connaisseur du « deux roues » qui réglera ce nouveau contretemps aussi rapidement que la décision de la mise en place d’une grève à la SNCF. Cette fois-ci, je décide de régler en payant ma tournée de bière, ce qui a l’air d’être encore plus apprécié par cet homme qu’une participation pécuniaire.

C’est donc 3 heures après mon café / banane que je traverse à nouveau le Rio Grande pour retrouver un soupçon de civilisation. La route pour Tutoia est splendide. Elle alterne entre piste et revêtement tout neuf. Le soleil est de retour, la vie me sourit à nouveau. Ce n’était qu’un simple test finalement et je vais être récompensé de mes efforts de la plus belle des manières.

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C’est au coucher du soleil que j’arrive sur cette petite parcelle de route qui coupe les dunes de sable aux abords du parc de Lençois. Cette fois-ci, je ne peux pas résister. Je décide de sortir de la route pour vagabonder quelques minutes au milieu de toutes ces dunes. Une véritable vision du Dakar s’offre à moi pendant cet instant aussi surnaturel qu’imprévu. C’était sans savoir que cette journée me réservait une toute dernière épreuve.

Le soleil se rapprochant fortement du sommet des dunes, il est temps pour moi de continuer ma route en direction de Tutoia où, bien sûr, je ne sais si je vais y trouver un logement.

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La montée pour rejoindre la route est assez raide et le sable trop profond. Je me retrouve bloqué, la moto en équilibre sur le sabot moteur au moment de passer sur le trottoir. J’arrive sans trop de soucis à m’en sortir mais mes mouvements à répétition ont eu pour conséquence d’embourber la moto. A ce moment, tout en balayant le sable pour libérer Baloo de son emprise, je ne peux m’empêcher de rire aux éclats. Autant de péripéties en une journée, c’est quand même peu commun. Et c’est aussi cela que l’on appelle l’aventure. Je suis heureux de voir que j’ai su garder mon calme et même rire de toutes ces difficultés. Car après tout, encore une fois, chaque galère mène toujours à quelque chose de bien. Une rencontre, l’expression de solidarité et de bonté humaine pour des personnes qui (sur le papier) n’ont rien en commun à part l’envie de partager.

Teaser

Enfin arrivé à destination, je suis exténué, j’ai plus transpiré qu’un Sumo faisant du rameur, je suis couvert de sable et mon odeur corporelle pourrait réveiller un mort (Coluche tiens-toi bien !). Mais après tout, je m’en tamponne l’asticot contre un cactus. Je n’ai pas de collègue auprès de qui je dois faire bonne impression ou de rendez-vous galant à entretenir. De toute façon pour ce dernier, ma meilleure carte à jouer est celle du Cowboy solitaire traversant des territoires qui lui sont inconnus. Et ce genre de Cowboy… et bien, ça sent mauvais !

5 commentaires sur “Du Paradis Aux Portes de l’Enfer

  1. Hello Clément, merci pour tes articles, ils sont aux tops. ça fait plaisir de les lire avant une journée de boulot, histoire de s’évader un peu 🙂
    Tu as prévu de mettre des vidéos sur les articles?

    A+ profites bien,

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    • Salut. Merci pour ton commentaire. J’ai prévu de faire des montages vidéos oui mais pas spécialement pour chaque article. La première vidéo est en cours de montage actuellement 🙂

      A +

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      • Super 🙂 On attend ton prochain article avec impatience. A bientot

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  2. Salut Clément
    Super !!! Ça nous rappelle de bons souvenirs ! Pour l’instant tu es sur le même itinéraire que nous et visiblement le même émerveillement. Bonne route et enjoy.
    Fred et Aldo

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  3. En voilà une journée sympa tu veux dire. Tu as rencontré du monde et partagé ta passion. Les paysages sont toujours somptueux. Par contre, partir sans chambre à air de rechange, cela tient effectivement de la gland attitude. lol.

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